Serge Gainsbourg Rare

Qui est “in” qui est “out” en 1966

Serge a donc quitté le domicile conjugal. Après quelques semaines passées à se planquer dans des hôtels, Michèle Arnaud lui propose de s’installer dans le petit appartement de sa fille Florence, boulevard Murat, en compagnie du réalisateur suisse Pierre Koralnik, remarqué entre autres pour la célèbre émission de variétés Douche écossaise, lancée quelques mois auparavant.

A l’ époque, Koralnik est à la pointe de l’avant-garde télévisuelle, au même titre que l’autre protégé de Michèle Arnaud, Jean-Christophe Averty.

Pierre Koralnik :

«Lorsque j’ai voulu monter cette comédie musicale intitulée Anna, Michèle m’a suggéré Gainsbourg, on est devenus potes et quelque temps après il est venu vivre chez moi, il est resté deux ou trois mois et ça arrangeait tout le monde : sa femme ne savait pas où il était et on travaillait bien.»

En cette fin 1965, l’événement dont tout le monde parle, c’est la baisse dans les sondages eux-mêmes une grande nouveauté du président de la République, Charles de Gaulle. Pire encore que sa chute de popularité, il est mis en ballottage au premier tour des élections présidentielles, le 5 décembre, mais il finit néanmoins par écraser son concurrent François Mitterrand deux semaines plus tard (55 % contre 45 %).

Serge, lui, se désintéresse notoirement de ces considérations politiques et se contente de chanter lors des deux soirées électorales à la télévision. Entre les deux, il retourne à Londres, où il n’a plus mis les pieds depuis près de deux ans, pour l’enregistrement de son nouvel EP, «Qui est “in” qui est “out”», aux studios Fontana.

Quatre titres, quatre classiques. Si en janvier 1963 l’expérience londonienne de «La javanaise» avait tourné court, cette fois Serge a trouvé pointure à son pied en la personne du producteur et arrangeur Arthur Greenslade avec son band de requins de séance, il lui balance un tempo frénétique, un orgue mod, des guitares cisaillantes à souhait… En un mot c’est «extrêmement pop» :

Jusqu’à neuf c’est OK tu es IN
Après quoi t’es KO tu es OUT
C’est idem
Pour la boxe
Le ciné la mode et le cash-box

C’est ici que l’on croise aussi « Docteur Jekyll et Monsieur Hyde », dont les paroles prennent une étrange résonance au regard de ses récents déboires sentimentaux :

Docteur Jekyll n’a eu dans sa vie
Que de petites garces qui se foutaient de lui
Mister Hyde dans son cœur
Prenait des notes pour le docteur
– Hello Docteur Jekyll
– Il n’y a plus de Docteur Jekyll…

Non, plus de Docteur Jekyll, parce qu’un jour il a compris que c’était ce Monsieur Hyde que l’on aimait en lui… Mais lequel des deux pose toutes ces questions à l’innocente Marilu ?

As-tu déjà aimé Marilu ?
Aurais-tu essayé Marilu ?
Serais-je le premier Marilu ?
Réponds-moi Marilu

Son nouveau super 45 tours est publié en janvier 1966, au moment même ou «La gadoue» par Pétula Clark et «Baby Pop» par France Gall partent à l’assaut des radios périphériques avec un bonheur inégal (net avantage à la petite Anglaise). Mais le grand changement, c’est que Serge va se retrouver pour la première fois dans les mêmes classements, dès le mois de mars, d’abord avec «Docteur Jekyll», puis avec «Qui est “in”»…

Gainsbourg a enfin réussi sa métamorphose. Cette fois, il précède les modes, il les incarne, il les prolonge. Il fait de la «pop music», terme qui «fait fureur chez les jeunes» à l’époque.

A1. Qui est in qui est out - A2. Marilu - B1. Docteur Jekyll et Monsieur Hyde - B2. Shu ba du ba loo ba

Annie aime les sucettes