serge_gainsbourg-passion-peinture

Sa passion pour la peinture

Sa timidité, en revanche, ne s’arrange pas. Le moindre contact avec des inconnus le jette dans des affres dont le traumatisme va le poursuivre longtemps, si l’on en croit cette interview accordée au Quotidien de Paris en 1981…

Gainsbourg:

« Ma soeur m’avait emmené un jour chez un médecin. J’étais tellement ému, je devais avoir quinze ans, que sur le pas de la porte, je me suis mis à bafouiller: «Au revoir. .. Merci … Au plaisir… A bientôt… Y’a pas de quoi … » Toutes les formules de politesse et n’ayant plus rien à dire, je me suis longuement frotté les pieds au paillasson. Je vois encore la scène … Cette timidité a duré si longtemps et puis un jour vers mes trente ans, sur ma barque, ma petite coquille de noix, j’ai mis un mouchoir sur lequel j’avais pleuré tant d’années et alors le vent s’est mis à souffler … »

Peut-être est-ce par timidité que Lucien ne parle jamais à ses condisciples de ses cours de dessin à l’académie Montmartre. Ou encore parce que certains d’entre eux sont particulièrement balèzes : un certain Lallemand, dont le père est illustrateur, bluffe ses camarades avec le dessin d’une tête de cheval. Foucret lui-même se débrouille pas mal, au point qu’il fera carrière comme galeriste et agent de peintres.

Daniel Foucret :

«Ce qui plaisait beaucoup à Lulu, c’est que je dessinais des petites bandes dessinées porno. Il suffisait de voir un sein ou une jarretelle … Ces bandes avaient beaucoup de succès dans notre petit comité. »

Après six mois passés à soigner sa péritonite à la campagne, après les cours de rattrapage à domicile et l’école Du Guesclin où il a vraisemblablement été accepté en 3e sans avoir le niveau requis (mais chez les Ginsburg, on ne redouble pas), Lucien commence à se désintéresser complètement du lycée à mesure que grandit sa passion pour le dessin et la peinture. A l’académie Montmartre, il porte l’étoile jaune mais l’atelier est un no man’s land, un univers protégé : à ses côtés, un officier allemand travaille à son chevalet. Passé le porche, il aurait pu avoir pour le petit émigré juif et russe un tout autre regard …

En cours d’année scolaire, les choses se compliquent pour Jacqueline et Liliane. Toujours la peur des rafles, bien sûr. Leur maman décide d’envoyer les filles en pension chez les sœurs, à Senlis, dans un couvent où l’on veut bien les cacher. Elles y passent les mois d’avril à juin 1943, mais à la fin du trimestre la mère supérieure prévient Olia qu’elle ne peut garder les deux sœurs plus longtemps parce que, là aussi, ça devient trop risqué.

Malgré le danger, Jacqueline et sa sœur sont donc à nouveau inscrites au lycée Jules-Ferry à la rentrée de septembre 1943, tandis que Serge retourne sans doute à Du Guesclin au moment où la disette s’aggrave : en juin on a vu nombre de boulangeries fermer, faute de farine, à la fin de l’été c’est la viande qui vient à manquer. Le mois de septembre est aussi marqué par des bombardements alliés sur Paris et la banlieue qui font 300 morts et 1 500 blessés. Depuis la capitulation de von Paulus à Stalingrad, en janvier 1943, il est vrai que ça commence à sentir le roussi pour les nazis : il y a déjà eu le débarquement des Alliés en Sicile en 1942, puis en mai 1943 la victoire de Montgomery sur l’ Afrikakorps en Tunisie, on a vu en France se constituer le Conseil national de la résistance, puis en juillet la débâcle allemande à Koursk, la chute de Mussolini et le bombardement de Hambourg ..

Des images indélébiles qui ressurgiront quelques décennies plus tard dans la chanson « Rock Around The Bunker (1) »

Y tombe
Des bombes
Ça boume
Surboum
Sublime
Des plombes
Qu’ça tombe
Un monde
Immonde
S’abîme

Mais le débarquement allié, tant espéré, va encore se faire attendre de longs mois, une attente qui devient de plus en plus palpable au fil des jours : les images de la destruction de Berlin par les bombardements alliés sont saluées par des applaudissements au cinéma Palace-Italie durant la première séance du 25 décembre 1943 (ensuite, on passe les bandes d’actualité en salle éclairée pour éviter les incidents).

1) « Rock Around The Bunker », album Rock Around The Bunker,1975.

Lucien a commencé la rédaction d’un journal intime