Charlotte Gainsbourg

Le 21 juillet 1971, à Londres, naît la petite Charlotte Gainsbourg

Le 21 juillet 1971, dans une clinique privée à Londres, la petite Charlotte fait son entrée dans le monde.

Jane Birkin :

« Pendant que j‘accouchais, Serge et mon frère se sont saoulés en face de la clinique a la liqueur de banane. Tous les quarts d’heure ils venaient écouter au stéthoscope à la porte. Quand elle est née, elle était très jolie et Serge a craqué complètement. Et puis immédiatement ça a été le drame, au quatrième ou cinquième jour. Yul Brynner, son parrain, est arrivé mais il est mal tombé : les docteurs m’avaient demandé de leur signer une décharge leur permettant de changer le sang du bébé, elle faisait un ictère et son taux de bilirubine était monté de manière très alarmante. Mais la clinique n’était pas équipée pour ce genre de truc et on m’a enlevé Charlotte, on l’a envoyée au Middlesex Hospital. Moi-même j‘étais malade, un virus que j ‘avais attrapé en Yougoslavie. Serge voulait absolument la voir mais le bébé avait été inscrit sous mon nom et on ne le laissait pas passer, malgré ses supplications. En plus, coïncidence épouvantable, le même jour on parlait dans les journaux d’un fou qui attaquait les enfants dans les hôpitaux! Ça a l’air d’un gag mais c’est vrai! Et lui, hagard, désespéré, voulant à tout prix voir sa petite fille à 2 heures du matin! Ils l’ont finalement laisse entrer, il l’a vue et il a été rassuré. »

Gainsbourg :

« Après ça je suis rentré dans le petit appartement de Jane, du côté de Chelsea. C’était en pleine nuit, plus un autobus, plus un taxi. Je suis parti à pied et il a commencé à pleuvoir. J’ai dû marcher deux heures, j‘ai traversé tout Londres. Jamais je n’ai fait de promenade plus heureuse de ma vie. Cette nuit-là, j’ai touché le bonheur du doigt. »

C’est comme une malédiction, Serge semble abonné aux films qui sortent en plein été : « Le Voleur de chevaux » ne fait pas exception et sort le 16 août 1971… Cependant, quelques jours plus tard, Claude Mauriac du Figaro ne tarit pas d’éloges sur sa performance pourtant courte :

« Grâce à lui, il se passe quelque chose. Il y a de l’impertinence dans la façon qu’a Serge Gainsbourg de se taire. Lui aussi est venu d’ailleurs. D’ où ? Et pour nous apprendre quoi ? Nous transmettre quel secret ? Se met-il au piano et chante-t-il, même comme ici, avec plus de nonchalance encore qu’à son habitude (et ce n’est pas peu dire) que l’invisible, l’inaudible, l’indicible se coagulent. »

La presse avait déjà fait ses choux gras d’une information lancée un peu plus tôt par Jane et Serge eux-mêmes: «Nous nous marierons au printemps 1972, six mois après la naissance du bébé!»

Jane Birkin :

« Ce n’était pas une provocation, on le croyait vraiment, on avait même tout organisé. Il m’avait demandé de l’épouser dans la gare de Lyon dont on aurait décoré la salle de banquet avec des ballons blancs, il y aurait un bal masqué et puis nous serions montés dans un train pour je ne sais où. Il avait même arrangé ça avec un décorateur et Georges Cravenne, qui organisait toutes les grandes fêtes parisiennes. Et puis j ‘ai hésité à la dernière minute, je trouvais que le cote fête, la noce, avait pris tellement le dessus que ça devenait une vaste campagne publicitaire. Je lui ai demandé un tout petit mariage, sans personne que des intimes, mais Serge m’a dit : «Allez… un journaliste de France-Soir, quand même ! »

En décembre 1971, au club Saint-Hilaire de François Patrice, à Paris, puis au MIDEM et au Whisky à Gogo, à Cannes, en janvier, Serge tente de lancer une manière de «suite verticale », comme il l’annonce, à «Je t’aime moi non plus », également sur une mélodie quasi liturgique, intitulée « La décadanse » dont un communiqué de presse précise l’intention :

Une danse un peu érotique mais quand même moins vulgaire que le paso doble où le mâle ressemble à un coq de basse-cour. «La décadanse» est faite pour les couples intimes, couples existants ou couples qui ont envie de se former. Quand on danse un slow c’est consciemment ou non avec une arrière-pensée. On a envie de mettre le ou la partenaire dans son lit.

Jane Birkin :

« C’était une idée géniale et une danse très originale. Je crois que les gens se sont dégonflés. Enfin… c’était embarrassant pour la fille parce qu’elle n’avait nulle part ou regarder. Pour le type, ça allait. C’était très exhibitionniste. Quand Serge m’a parlé de son idée, je me disais : “Mais comment ça se fait que personne n’y ait pensé avant ?“ Je trouve que c’est un hymne religieux, cette chanson… »

Serge: Tourne-toi !
Jane : Non…
Serge : Contre moi
Jane : Non, pas comme ça !
Serge : Et danse
La décadanse
Oui c’est bien
Bouge tes reins
Lentement
Devant les miens
[…]
Serge : Dieux !
Pardonnez nos offenses
La décadanse
A bercé
Nos corps blasés
Et nos âmes égarées

Au MIDEM, « La décadanse » fait un petit scandale, la presse parle de « mauvais goût spectaculaire et navrant ». Mais, trop prémédité, le «coup» va foirer.

Dans la presse, en ce début 1972, certains montrent des signes de lassitude à l’ égard du sensationnel couple médiatique de la saison 1969-70, même si on lit en février, dans France-Dimanche, que le mariage est confirmé (cette fois l’on évoque neuf cents invités chez Maxim’s, déguisés en costume Empire, Gainsbourg lui-même étant supposé paraître en «Bonaparte au pont d’Arcole »).

Melody Nelson a certes redoré sa réputation mais le succès l’a boudé. Le triomphateur de « Je t’aime moi non plus », après être « passé à la caisse », comme il l’a confié à Denise Glaser est-il en passe de redevenir le poète maudit, l’auteur-compositeur respecté mais qui ne vend pas de disques, qu’il était dix ans plus tôt ?

C’est exactement cela: il vient de publier le premier de quatre albums essentiels (avant Vu de l‘extérieur, Rock Around The Bunker et L ‘homme à tête de chou) dont la circulation est inversement proportionnelle à l’intérêt artistique.

Art majeur, ne lui en déplaise, mais ventes mineures. Retour à la case départ ? Pas vraiment, mais on va voir comment va se cristalliser au fil des mois la pire de ses hantises : se métamorphoser en «Monsieur Birkin ».

Sources :

Biographie Gainsbourg : Gilles Verlant et Gains­bourg : Char­lotte, mon amour… Gala 4 novembre 2014

1973 – L’album « Vu de l’extérieur »

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