Promo Serge Gainsbourg Percussions

La promotion de son album « Gainsbourg Percussions »

A Paris, Serge entame la promotion de son nouvel album « Gainsbourg Percussions« .

«A la sortie de Gainsbourg Percussions, j’étais persuadé que nous tenions le bon bout, raconte Claude Dejacques dans son livre « Piégée, la chanson… ? »

« Je baratinais tous azimuts, à l’intérieur de la boîte et dans les médias. Malgré les passages à l’antenne, bernique : toujours pas de ventes. Solution : pousser les interprètes pour faire avancer les choses, comme je l’avais vu faire par Canetti pour Brel, Brassens et Béart»

Dans Le Monde, pourtant, la critique n’est pas fameuse:

« Serge Gainsbourg a un public peu populaire, très Rive gauche, mais fidèle, je gage qu’il sera déçu par son dernier disque intitulé Gainsbourg Percussions. Dans le genre sophistiqué on ne fait pas mieux […] Tout ce bric-à-brac sonore, ces souvenirs d’Afrique ou de Nouvelle-Orléans apparaissent comme autant d’accessoires inutiles. Décidément, ce n’est pas de ce côté que la chanson trouvera matière à renouvellement. »

Salut les copains continue à bouder le «vieux» Gainsbourg mais Music-Hall publie un long entretien dans son numéro de janvier 1965 extrait savoureux, le journaliste s’écoute parler:

« Vous nous avez habitués à des paroles au sens percutant. Ici les paroles n’ont pratiquement plus aucune importance. On est pris dans un triangle sonore qui conditionne un état presque physique. D’une part votre voix qui ne syncope absolument plus. Elle est instrumentale, une sorte de saxo-ténor. C’est un slalom de souplesse, les mots sont des sonorités amorties. Deuxième pôle d’action, les chœurs des voix de femmes, au timbre jaune très citron, d’une octave très nettement au-dessus de ce que l’on attendrait banalement puis, enfin, le côté frappé, habituellement réservé à la voix qui dit des mots, est ici tenu par la partie instrumentale, tout en percussions… C’est les rythmes qui parlent… Gainsbourg répond «bien sûr» à on ne sait trop quelle évidence. »

Serge enchaine les concerts et rencontre Barbara au TEP du mardi 22 au dimanche 27 décembre. ¹

Barbara :

«Nous nous étions rencontrés lors de ces galas au TEP au lendemain desquels un journaliste avait dit que nous étions très laids, tous les deux, ce qui était agréable… Moi, je le trouvais très beau, nous étions assez proches dans nos angoisses, nos maigreurs, notre amour du noir… Je lui ai demande de faire avec moi une tournée : avec une extrême délicatesse il a accepté. Je ne considérais pas qu’il faisait ma première partie : nous étions tous deux à la même affiche… Son trac, sa grande timidité pouvaient le mener jusqu’à la nausée avant de monter sur scène…»

Il est en effet prévu que Serge effectue une série de dix concerts en février 1965 avec la grande dame en noir, dans les villes universitaires, coordonnée par Sophie Makhno. Au bout de quelques dates il abandonne…

Gainsbourg:

«Les gens m’admettaient avec beaucoup de réticences et je sentais que je leur étais insupportable, sur leurs visages je voyais parfois l’incompréhension totale. Je me disais: “Ils ont l’air tellement excédés, c’est vraiment illogique qu’on ne me sorte pas”… et je mettais cela au compte de leur laisser-aller.»

Un soir funeste de cette tournée avortée c’est pourtant bien ce qui manque se passer…

Barbara :

«Le public, sans le huer, le chahutait, on sentait une grande agitation, une étrange réaction dans la salle. Au bout d’un moment, j’étais tellement révoltée qu’il a fallu que je réagisse et je me revois montant sur scène pour leur dire que je ne comprenais pas. Dans la nuit, on en a longuement parlé, il m’a dit qu’il préférait quitter la tournée, je sentais une grande tristesse, un profond découragement. Son désir d’affronter le public n’était plus assez fort. S’il avait continué, son trac se serait transformé en terreur !»

Quelques semaines plus tôt, le 3 janvier 1965, on l’avait revu à Discorama, invité une fois de plus par la formidable Denise Glaser. Entre nouvel album (« Couleur café », «Machins choses »), il répond à ses questions, toujours aussi pertinentes :

Denise Glaser : Un jour nous avons aussi parlé du yé-yé et du rock. Moi je ne peux pas être juge et partie, disons que je suis, pour quelques minutes, arbitre. Et vous m’avez dit un jour : « Qu’ ils aillent donc s’acheter des wagons de sucettes »… Qu’est-ce que vous pensez maintenant ? Qu’ils ont vieilli ?

S.G. : Maintenant, j’ai retourné ma veste.

D.G. : Vous avez retourné votre veste.

S.G. : » J’ai retourné ma veste, parce que je me suis aperçu que la doublure était en vison. Je trouve qu’il est plus acceptable de faire du rock sans prétention que de faire de la mauvaise chanson à prétention littéraire. Ça c’est vraiment pénible. « 

Comme ce sont les titres qui lui donnent les idées de ses futures chansons, Serge a pris l’habitude de noircir des feuilles de papier brouillon de son écriture impossible. L’une d’elles, la plus célèbre, date de l’automne 1964 et contient en substance tout ce qu’il va accomplir dans les mois et même les années qui suivent. On y trouve, jetés en vrac, les titres suivants : « Bébésong », « Les animals », « Pauvre Lola », « Ford Mustang », « Docteur Jekyll et Mister Hyde », « Lolita Go Home », « Olive Popeye et Mimosa », « Le groupe anglais », « Le bluff », « Le fin du fin », « Encore un petit bourbon et j’aurai plus le bourdon », « Viva El Filsapapa », « Les bons cons font les bons amis », « Le nu artistique» (ou « La Vargas Girl ») et « J’vais t’envoyer à l’hôpital ».

A propos de « Ford Mustang », on note encore ce pense bête aux allures de trouvaille : « Tous mots anglais dits par les chœurs » Enfin, juste à côté de « Poupée de cire poupée de son », il a indique cette remarque : « Eurovision ».

Source:

1) Gilles Verlant - Gainsbourg - Page 374 à 377

Naples, le 20 mars 1965 : L’Eurovision de la chanson