La chanson de Prévert de Serge Gainsbourg

La chanson de Prévert

A la rentrée 1960, En souvenir du classique « Les feuilles mortes », Gainsbourg compose «La chanson de Prévert ». On devine l’intention de frapper un grand coup, mais il se fait tout petit quand il s’agit d’aller demander au poète l’autorisation d’utiliser son nom. Lire la suite

Serge en 1960

Le Super-45 tours « Romantique 60 »

Érotisme discret, mélodie irrésistible, le super-45 tours «Romantisme 60» sort en janvier 1960, en même temps que le film de Doniol-Valcroze avec Bernadette Lafont et Alexandra Stewart :

Je te prendrai doucement et sans contrainte
De quoi as-tu peur allons n’aie nulle crainte
Je t’en prie ne sois pas farouche
Quand me vient l’eau à la bouche Lire la suite

L'eau à la bouche Serge Gainsbourg

L’Eau à la bouche

Le 9 juillet 1959 dans France-Soir, France Roche annonce que François Truffaut (révélé cette année-là par Les 400 Coups) a demandé à Gainsbourg d’écrire la musique de son prochain film, Jules et Jim, mais l ‘histoire nous a privés de cette rencontre.

La veille, Serge est l’invité de Juliette Gréco sur les ondes de la RTF dans l’émission Soyez les bienvenus dont nous extrayons ce petit dialogue :

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Serge en 1960

Son deuxième album

Nous sommes au printemps 1959 et Serge, s’apprête a entrer en studio, à nouveau à Blanqui, pour l’enregistrement de son deuxième album.

Sur les huit titres qu’il met en boîte en six jours, répartis entre le 12 mai et le 4 juin 1959, avec Alain Goraguer et son orchestre, on trouve deux versions de chansons créées précédemment :

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Portrait de Boris Vian

Un article dithyrambique de Boris Vian

La presse n’apprécie pas cet album, trop noir. Pourtant, il peut compter sur un supporter influent… Boris Vian

Serge Gainsbourg interview

Réaction de la presse après la sortie de son premier 25 cm

Les rares coupures de presse de l’époque confirment cette impression :

« On connaît ses chansons, il les chante lui-même avec un filet de voix, sans gestes, un air mélancolique et indifférent, deux grands yeux rêveurs et deux grandes oreilles d’éléphant volant », lit-on dans Les Beaux-Arts Bruxelles.

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serge gainsbourg cynique

Chansons trop noires (ou pas) ?

Gainsbourg est décalé. Il a trente berges et il chante pour les gens de son âge, un public intello blasé, autant dire pas grand monde. On n’est pas séduit par ses chansons, on se sent attaqué.

A la sortie de l’album, les journalistes auront beau jeu de rapprocher le cynisme de Serge de celui du film Les Tricheurs de Marcel Carné qui sort en octobre 1958 et dont les personnages s’interdisent, par orgueil, de tomber amoureux.

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L'étonnant Serge Gainsbourg

1959 – le premier album 25 cm

La stratégie de Bourgeois est claire : pour lancer son poulain, à la fois comme auteur-compositeur et comme interprète, il faut qu’un nom prestigieux cautionne ses premiers pas dans le métier.

Les Frères Jacques, que l’on surnomme « les athlètes complets de la chanson » et qui sont célèbres depuis dix ans déjà, avec leurs collants, leurs moustaches et leurs couvre-chefs («La queue du chat» date de 1948, «Le complexe de la truite» de 1954) semblent un excellent choix.

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gainsbourg

Jacques Canetti fait signer Serge chez Philips

A partir du 28 février 1958, Michèle Arnaud se produit à Bobino avec André Dassary (qui s’est refait une santé et à qui l’on a pardonné d’avoir chanté pendant la guerre « Maréchal, nous voilà »). C’est à cette occasion qu’elle crée « La recette de l’amour fou » et que l’on aperçoit pour la première fois le nom de Serge dans la presse, des coupures instantanément envoyées par courrier aéroporté, avec la fierté que l’on devine, par Papa Ginsburg à Liliane la jumelle à Casablanca. Voici ce qu’on lit dans Combat le 8 mars :

Sa voix naturellement distinguée s’accommode à merveille d’un répertoire choisi ( … ) je note l’apparition d’un compositeur original, Serge Gainsbourg, dont nous reparlerons sans doute.

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1957 Le déclic – Cinq chansons, cinq chefs-d’œuvre

Exit Lise, Serge déclare peut-être sa flamme à Michèle Arnaud. Avec ou sans succès. Celle-ci a déjà une vie privée compliquée. Patrick Lehideux, un riche industriel, fils d’un ancien ministre de Pétain, lui fait une cour effrénée, il l’épousera en 1964.

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Serge-Gainsbourg

Lucien Ginsburg achève sa métamorphose en Serge Gainsbourg

Avec ses cheveux coupés ras, ses oreilles décollées, ses yeux mi-clos et sa timidité toujours aussi maladive, Lucien se ronge d’amour pour Michèle Arnaud.

Celle-ci l’appelle « Ce cher Serge », sans se douter un instant qu’il va bientôt lui apporter sur un plateau les chansons finement ciselées dont elle a tant besoin. Serge ? Eh oui, Lulu a deux pseudo : Julien Grix à la SACEM, Serge quand il fait le pianiste …

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Serge découvre Boris Vian

Boris Vian, le nom est lâché … « Son apparence physique intrigue, attire immédiatement le regard. Longue silhouette mince, yeux de glace gris-bleu, immense front de Martien, visage en lame », comme le décrit son biographe Philippe Boggio.

Boris Vian qui était récemment arrivé à la chanson par nécessité, par curiosité, parce qu’il n’avait pas encore abordé ce genre d’expression, lui qui avait démontré ses talents dans des domaines aussi divers que le roman (L ‘Écume des jours), le journalisme, ses innombrables chroniques sur le jazz, l’imposture J’irai cracher sur vos tombes de Vernon Sullivan soi-disant traduit de l’américain par Boris ou la fête (les fameuses soirées du Tabou en 1948-49 avec Juliette Gréco, Anne-Marie Casalis et consorts, dont il était un infatigable pilier).

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Cabaret Madame Arthur

Apprentissage chez Madame Arthur

A la rentrée 1954, Lucien remplace à nouveau son père, mais cette fois à Paris, dans le 18e, au cabaret Madame Arthur dont il devient le pianiste et chef d’orchestre (deux autres musiciens seulement : un batteur et un saxophoniste violoniste), une place qu’occupe Joseph depuis 1947.

De cela il n’en parlera jamais et ce sont les recherches à la SACEM au printemps 1991 qui permirent à Gilles Verlant de découvrir cet épisode pourtant aussi passionnant que savoureux de ses années d’apprentissage. On a du mal à imaginer pourquoi il le tut, lui qui révéla tant d’ anecdotes autrement plus salées dans sa carrière, lui qui n’hésita pas à s’afficher en travesti sur la pochette de l’album Love On The Beat en 1984, un album où plusieurs chansons tournaient autour du thème de l’homosexualité.

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juliette-greco-serge

Ses débuts dans le métier

De côtoyer durant deux ans Serge Pludermacher, un bonhomme d’exception comme l’affirment les témoins, suscite une question : a-t-il eu ou non une influence sur Lucien Ginsburg ? Albert Hirsch en est convaincu : il se demande même si le futur Gainsbourg n’aurait pas choisi son prénom en hommage au père de Georges Pludermacher.

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Elisabeth Levitsky-Lise

Serge rencontre Elisabeth Levitsky qui deviendra sa première femme en 1951

Au printemps 1947, toujours à l’académie Léger, Serge rencontre celle qui deviendra sa première femme en 1951, Elisabeth Levitsky, une liaison qui devient plus sérieuse en octobre de la même année.

Au début, ça n’accroche pas : elle est belle, sophistiquée, il est intimidé et sarcastique … De deux ans son aînée (il a dix-neuf ans, elle en a vingt et un), Elisabeth, fille d’aristocrates russes immigrés, est mannequin de mode.

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Gustave Courbet - Loth et ses filles

Serge et la peinture

Septembre 1945, Lucien est effectivement inscrit comme élève libre de l’École nationale supérieure des beaux-arts, dans un atelier préparatoire d’architecture. Nouvelle initiation, à la rigueur cette fois, à la perfection du nombre d’or, à la beauté des lignes pures.

Mais l’année suivante, en maths, il est complètement largué, malgré les leçons particulières payées par son papa. Un bizutage sordide, lui qui a déjà tant de mal à tolérer la promiscuité, achève de le dégoûter. Au bout de deux ans, moins peut-être, il abandonne l’archi.

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Académie Montmartre

L’académie Montmartre

Tandis qu’ Olia et les enfants reprennent possession de leurs pénates a Paris, Joseph choisit de travailler encore quelques mois à Limoges. Quant il remonte à Paris le 21 novembre 1945, de gros soucis l’attendent :

les résultats de Lucien, qui est retourné à Condorcet depuis septembre (classe 1 A 2), sont tout simplement désastreux.

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Fin de la guerre 40-45

La fin de la guerre

Dans la nuit du 26 au 27 février 1944, un courageux officier de la Royal Navy fait passer un messager de la Résistance, en mission secrète, de Dartmouth jusqu’en Bretagne. L’officier s’appelle David Birkin, futur papa de la petite Jane, qui naîtra le 14 décembre 1946.

Quant au messager, selon sa propre légende, il se nomme François Mitterrand (devenu président de la République, il fera attribuer la Légion d’honneur à David Birkin pour officialiser cet événement, à une époque où son passé sous l’Occupation lui cause quelque souci) …

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Saint-Leonard-De-Noblat

La vie au Collège Saint-Léonard-de-Noblat

Le soir je revis le dortoir. Il fallut se mettre au pied du lit, puis au signal du surveillant se déshabiller. C’était la première fois que j’allais dormir avec des inconnus. C’était la première fois que je me déshabillais devant n’importe qui.

Alors je dois dire que je me cachai. La lumière s’éteignit. Et la salle se trouva obscure.

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journal-intime

Lucien a commencé la rédaction d’un journal intime

La répression policière et administrative, ainsi que l’action malfaisante des Milices, n’a jamais été aussi intense qu’en cette fin d’année :

Philippe Henriot, nouvellement nommé secrétaire d’État à l’information et à la Propagande, s’exprime désormais deux fois par jour au Radio Journal de France, où il est écouté par une grande majorité de Français, déversant les flots fielleux de son ardeur anticommuniste et de son hystérie antisémite. Entre-temps, Olia et les enfants ont été soulagés d’apprendre que Joseph est en sécurité du côté de Limoges.

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